Un arbre est la forêt

Un arbre est la forêt.
S’étendre sous son feuillage,
c’est écouter tout le son,
connaître tous les vents
de l’hiver et de l’été,
recevoir toute l’ombre du monde.

S’arrêter sous ses branches sans feuille,
c’est réciter toutes les prières possibles,
faire taire tous les silences,
avoir pitié de tous les oiseaux.

Rester debout à côté de son tronc,
c’est élever toute méditation,
réunir tout le détachement,
deviner la chaleur de tous les nids,
rassembler la solidité de tous les doutes.

Un arbre est la forêt.
Mais pour cela il faut
qu’un homme soit tous les hommes.
Ou aucun.

Roberto Juarroz, Dixième poésie verticale / édition bilingue (José Corti, 2012)

« Rester à côté de son tronc » Photo © Clélie Dudon

Un árbol es el bosque.
Tenderse bajo su follaje
es escuchar todo el sonido,
conocer todos los vientos
del invierno y del verano,
recibir toda la sombra del mundo.

Detenerse bajo sus ramas sin hojas
es rezar todas las oraciones posibles,
callar todos los silencios,
tener piedad por todos los pájaros.

Pararse junto a su tronco
es levantar toda la meditación,
reunir todo el desapego,
adivinar el calor de todos los nidos,
juntar la solidez de todos los reparos.

Un árbol es el bosque.
Pero para eso hace falta
que un hombre sea todos los hombres.
O ninguno.

« Un arbre est la forêt » Photo © Clélie Dudon

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